Auxillac

Découvrez ce village pittoresque lové au coeur d'un vallon fertile.

Le village d'Auxillac

Le village faisait partie, avec Auxillac, de l’ancienne paroisse de Salmon. Il est désormais commune associée à La Canourgue. C'est un petit village situé au pied du Causse de Sauveterre, dans un val fertile au bord de la Jarnelle, affluent du Lot. Ses maisons typiques perchées à flan de colline surmontent l’auberge du moulin, lieu de naissance de la célèbre Céleste Albaret, servante et confidente de Marcel Proust. Le nom du village vient probablement de « Horcillacum », le « domaine d’Urcilius ». Autrefois rattaché à la paroisse de Salmon avec le village de Montjézieu, il devint indépendant lors du démembrement de celle-ci en 1836. Le village est associé à la commune de La Canourgue depuis 1972. Cette petite commune et ses hameaux recèlent bien des trésors d’histoires et de patrimoines de tous les âges. Venez les découvrir à l’aide de ce parcours.

Salmon

Déjà mentionnée dans une chartre en 1130, la paroisse de Salmon est très ancienne. Elle possédait dans le temps une église reconstruite par le Pape originaire du Gévaudan Urbain V en 1363, perchée sur une colline dominant le Lot. Différentes légendes bercent les origines de son nom : certains pensent qu’il se réfere à la présence de juifs attestée à Montjézieu dès le XIIème siècle, alors que d’autres affirment qu’il provient des saumons qui autrefois remontaient le Lot, le nom de la paroisse s’écrivant d’ailleurs «Saumon» jusqu’en 1689. La paroisse de Salmon fut démembrée en 1836 pour laisser place à celles de Montjézieu et Auxillac.

 

 

L’auberge du moulin à Auxillac et Céleste Albaret


A Auxillac, l'auberge du Moulin est la maison natale de Céleste Albaret. Cette lozérienne née en 1891 est célèbre pour avoir été la gouvernante de Marcel Proust mais également son amie. Elle rentre à son service par le biais de son mari Odilon, chauffeur de taxi à Paris que Proust à l’habitude d’employer. La jeune Céleste fraichement arrivée dans la capitale s’ennuie et cela attriste Odilon. Proust propose alors qu’elle rentre à son service pour de menus travaux. Il finira finalement par l’embaucher comme gouvernante à plein temps et elle viendra alors vivre au 102 boulevard Haussman dans son appartement. Les conditions de travail étaient pour le moins particulières. L’auteur ne supportait pas les bruits extérieurs, ainsi les volets des fenêtres de l’appartement étaient constamment fermés et celles-ci était recouvertes d’épais rideaux. La chambre de Proust où il passait la très grande majorité de son temps était calfeutrée par des plaques de liège. Le maître ne supportait pas non plus les odeurs de cuisine qui pouvaient lui provoquer des crises d’asthme, il était ainsi proscrit de cuisiner sans maintenir les portes de la cuisine parfaitement closes. Le rythme de vie de Proust était également spécial : il travaillait une grande partie de la nuit pour ne s’endormir qu’au petit jour et se réveiller le lendemain en fin d’après-midi. Céleste se devait d’être à son service à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Elle ne bénéficiait pas de congés, de jours fériés ou même de week-ends. Et pourtant, celle-ci ne s’est jamais plainte. Elle fut extrêmement dévouée à l’auteur et resta à son service jusqu’à la fin de sa vie. En admiration envers sa personnalité, ces lubies ne la choquait pas outre-mesure car elle était consciente qu’il était en train de dévouer sa vie à une oeuvre d’une envergure considérable qui marquerait l’histoire. Avec le temps une profonde intimité s’était instaurée entre eux. Malgré sa condition modeste et son manque d’instruction, Céleste bénéficiait d’un certain bon sens qui lui permettait de temps en temps de contredire son maître et d’émettre quelques objections. Il aimait l’interroger sur son enfance en Lozère. Parfois il lui lisait même certains passages qu’il venait d’écrire et lui demandait son avis. Même si une profonde intimité les liait, celle-ci fut toujours platonique, Céleste étant mariée et l’homosexualité de Proust avérée. Et quand l’auteur s’éteint en 1922 c’est avec une profonde tristesse que la lozérienne lui dit adieu. Elle s’éteindra 62 années plus tard. Céleste a rassemblé les souvenirs de cette époque dans le livre « Monsieur Proust ». En lui consacrant sa vie, lui prodiguant l’atmosphère dont il avait besoin et étant même son unique confidente pendant les huit années qu’il passa à écrire « A la recherche du temps perdu », elle a sûrement participé grandement à l’élaboration de son oeuvre. Pour lui rendre hommage la Mairie de La Canourgue décida de donner son nom à la bibliothèque municipale de la ville.

La Peste en Gévaudan de 1721

Corréjac est célèbre d’une bien triste manière. C’est ici que l’épidémie de peste ayant frappé le Gévaudan de 1720 à 1722 a commencé. Le 23 novembre 1720, le journalier Jean Quintin part à la foire de la Saint-Clément à Saint-Laurent d’Olt. Peu de temps après il est pris de fièvre et ressent une immense fatigue. Il parvient alors tant bien que mal à rentrer chez lui à Corréjac et meurt le lendemain. Toute la famille Quintin est décimée dans les jours qui suivent. Le fils de la femme Quintin, née d’un premier mariage, emprunte le manteau de son beau-frère vivant à La Canourgue pour aller enterrer sa mère. Il lui rend le jour d’après. Les familles des deux malheureux décèdent elles aussi quelques jours après, à Cadoule et à La Canourgue, et l’épidémie de peste est désormais en train de se propager dans le Gévaudan. L’hiver laisse ensuite présager une accalmie, mais au retour des beaux jours l’épidémie réapparait et se fait de plus en plus virulente, inquiétant les autorités locales. Des médecins de la cours sont envoyés en Gévaudan et leur verdict est formel : il s’agit bien là d’une « fièvre pestilentielle ».

Malgré les tentatives de contrer l’épidémie, le mal se répend bientôt par-delà le secteur de La Canourgue et Corréjac et atteint d’autres lieux dont les villes de Marvejols et de Mende. La situation semble hors de contrôle et la peur de la contagion et de la mort omniprésente. On met en place un blocus empêchant la circulation de biens et d’hommes entre le Gévaudan et les provinces limitrophes. Des restrictions de mouvements sont imposées aux habitants. A Corréjac, la cinquantaine d’habitants ayant survécu est forcée par les autorités d’aller vivre sur des huttes aménagées sur la montagne toute proche, mais les conditions d’habitation précaires poussent les malheureux à revenir au hameau. Quand les autorités l’apprennent elles donnent l’ordre de brûler les maisons du village, ce qui est fait le 1er juillet 1721. Ainsi, celles marquées d’une plaque explicative présentant le dessin ci-contre sont des témoins de cette triste histoire. Ce dessin représente un médecin en costume lui servant à se protéger de l’épidémie. Il est composé d’une tunique longue enserrant la tête dans une cagoule et d’un long masque en forme de bec rempli d’herbes aromatiques censé purifier l’air putride.

Il faut savoir que le Gévaudan est à l’époque une province très pauvre, où l’industrie lainière et le commerce d’étoffes sont très importants. Le tissage n’est pas effectué comme dans certaines régions à l’échelle industrielle mais par chaque famille durant les rudes hivers. Le cheptel de moutons n’étant souvent pas assez important, on faisait importer de la laine de l’étranger, notamment de l’Espagne et de Smyrne, en actuelle Turquie. On pense que c’est cette dernière que le pauvre Jean Quintin aurait ramenée à Corréjac et qui aurait contaminé le Gévaudan. On sait maintenant que la peste se propage par les puces de rats infectées, et ces derniers affectionnent particulièrement les étoles et les tissus. Le fait que ce commerce soit une grande source de revenu pour le Gévaudan entraine alors deux effets pervers : d’une part la propagation de la maladie est facilitée, et d’autre part lorsque l’épidémie est déclarée le commerce est interrompu, affaiblissant l’économie du Gévaudan, région déjà réputée extrêmement miséreuse.

Finalement le fléau s’éteindra en partie grâce à l’adaptation de la population qui devient plus résistante au bacille après une longue exposition, mais aussi aux mesures du zélé La Devèze, envoyé de la cours. Selon l’historien Louvreleul, le mal aurait fait 5678 décès dans le Gévaudan, dont 945 sur 1633 habitants à La Canourgue et 1800 sur 2746 à Marvejols.