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Patrimoine mérovingien de la Vallée du Lot

Sur les traces d'une époque mystérieuse ...

Le village de Banassac à l'époque mérovingienne

A l’époque mérovingienne le bourg de Banassac accueillait des ateliers monétaires particulièrement actifs. De cette époque, il nous reste des pièces de monnaies collectionnées et exposées dans le monde entier. Il est aussi possible au détour d’un chemin de croiser d’étranges formes creusées à même la roche : ce sont des tombes mérovingiennes, appelées « tombes juives » par tradition orale.

 

La Dynastie Mérovingienne

La dynastie mérovingienne régna sur une grande partie de la France, de la Belgique ainsi que de la Suisse et de l’Allemagne, du Vème siècle au VIIIème siècle. Issue d’une lignée d’aristocrates Francs de la tribu des Saliens, établis au Vème siècle dans les régions de Cambrai et de Tournai en Belgique, elle tire son nom de Mérovée, père de Childéric Ier, lui-même père du roi Clovis. La dynastie mérovingienne est connue pour ses liens étroits avec la chrétienté, notamment par le célèbre baptême de Clovis en 498, mais aussi pour sa participation à l’implantation progressive de l’Eglise sur leur territoire. Cette époque est également marquée par une reprise économique qui survient après l’effondrement de l’Empire romain. La dynastie s’éteindra au VIIIème siècle pour laisser la place à celle des carolingiens.

Banassac et la fabrication de monnaie

Après avoir été le centre d’ateliers de poteries extrêmement actifs et réputés, Banassac devint à l’époque mérovingienne un centre d'atelier monétaire très important. Deux célèbres numismates à l’origine d’un ouvrage devenu un classique, « Les Monnaies Mérovingiennes de Banassac », ont recensé à la fin du XIXème siècle les monnaies retrouvées en Gévaudan. Ils les ont classées en 143 types, répartis en 6 groupes. Les ateliers de Banassac se caractérisent par le motif du Calice Gévaudanais qui apparaît dans tous les groupes, excepté le 1er.

Un dixième des pièces retrouvées et conservées de cette époque proviennent de Banassac ! Le « monétaire » le plus célèbre du bourg portait le nom d’Elafius, qui plus tard dirigera les ateliers de la ville de Soissons, capitale du royaume Franc, sous le règne du roi Dagobert.

Sur une pièce du groupe quatre, datée de 631, figure l’inscription « SCI MARTINI », ce qui prouve qu’une église de Saint-Martin, probablement à La Canourgue, était déjà édifiée à cette époque. Au septième siècle, après une pénurie d’or, Banassac fabriquera des monnaies en argent (monnaies du groupe 6). Les ateliers Banassacois frappèrent la monnaie jusqu’à la fin du 8ème siècle.

Les sépultures mérovingiennes

De cette époque subsiste aussi des tombes appelées par tradition « tombeaux juifs ». Cette appellation qui viendrait du fait que des personnes de confession juive se seraient implantées dans les environs à cette époque. On les retrouve notamment à la Tieule près d'Auxillac et au Malbousquet, près du plan d'eau de Booz.

Les tombes du Malbousquet, à quelques encablures de Banassac, furent étudiées et fouillées en 1964. La taille des sépultures varie de 1.70m à 2.07m pour une profondeur d’environ 45cm. Elles sont creusées directement dans le roc. Bien que les travaux de l’A75 en ait détruit la moitié, on peut toujours en observer certaines. Dans la zone de fouilles, quelques ossements ont été mis à jour, ils semblent provenir d’un squelette d’enfant. Les fragments de céramique recueillis autour des sépultures se rapprochent de ceux découverts dans les nécropoles de Marquayrès et de Soulages, sur le Causse de Sauveterre, qui sont elles aussi d’époque mérovingienne. Une grange se trouvait à proximité dans les années 1960, on y a retrouvé des fragments de céramique et des ossements humains : elle a sans doute été le lieu de fouilles informelles.

Voici la description faite par JJM Ignon en 1857 :

«  [...] Les tombeaux de Malbousquet sont en plus grand nombre et mieux conservés. Ils sont creusés dans le roc, qui est un banc de grès gris un peu incliné, placé sur un plateau « Très Menasses ». Les habitants en ont détruit plusieurs pour leurs constructions, mais on en voit encore trente dont 23 sont bien conservés. Ces tombeaux sont, pour la plupart, deux à deux, et ceux qui se retrouvent ainsi accolés sont séparés par une petite rigole, aussi creusée dans le roc, apparemment destinée à l’écoulement des eaux pluviales. Cette réunion de deux tombeaux placés  côte à côte, indique peut-être la sépulture de l’homme et celle de la femme. Ils vont tous en diminuant progressivement, de la tête aux pieds, Ceux que nous pensons avoir appartenu à des hommes sont un peu plus grands et creusés à angle droit, tandis que ceux des femmes, plus petits, sont arrondis et forment un demi-cercle au milieu de la partie supérieure pour recevoir la tête. Leur direction varie : la plupart sont placés, la face tournée vers l’est … ils n’offrent aucune inscription, aucune vigne ou figure gravée ou sculptée. [...] ».